Déroulement d’une consultation chez l’ostéopathe

Le 20 mai 2011 | ostéopathe, ostéopathie | Commentez

Vous n’êtes peut-être jamais allé consulter un ostéopathe, par méfiance ou appréhension ? Cet article vous expliquera toutes les étapes d’une consultation chez l’ostéopathe.

Pour vous donner un aperçu exhaustif de la manière dont se déroule une séance, prenons comme exemple un cas fréquemment rencontré en cabinet : vous souffrez d’une lombalgie chronique (douleur lombaire durant depuis plus de 3 mois) associée à une sciatique dans la jambe droite (inflammation du nerf sciatique provoquant une douleur tout le long de la jambe). Dès l’instant où vous vous levez de votre chaise dans la salle d’attente, la prise d’information commence pour l’ostéopathe. Il observe la manière dont vous vous levez, la manière dont vous lui serrez la main ainsi que votre posture et votre démarche. En mécanicien averti il se forge une idée générale du retentissement fonctionnel de votre pathologie. Vous entrez  dans la salle de soins et vous asseyez avec lui à son bureau…

Entretien/interrogatoire

L’interrogatoire a donc deux principales vocations :

  1. Eliminer la possibilité d’une urgence médicale ou d’une pathologie non prise en charge en ostéopathie.
  2. Recueillir un maximum d’indices pour comprendre l’installation mécanique de la pathologie.

En quelques minutes vous exposez votre problème en essayant de ne rien oublier. L’ostéopathe note attentivement les indices qui l’intéressent. De nombreuses informations lui manquent cependant, il entame donc une série de questions appelée « interrogatoire » dans le jargon médical. Ces questions, précises et rigoureuses, vont concerner votre santé en général puis plus spécifiquement la douleur pour laquelle vous consultez.

Exemples de questions formulées par un ostéopathe :

-          Avez-vous subi des opérations chirurgicales ?

-          Souffrez-vous d’une maladie chronique ?

-          Depuis quand avez-vous mal en bas du dos ? et dans la jambe ?

-          Avez-vous consulté votre médecin traitant pour cette douleur ?

-          La douleur vous réveille-t-elle la nuit ? avez-vous de la fièvre ?

-          Quelles positions ou mouvements soulagent ou déclenchent la douleur ?

-          Avez-vous effectué des examens complémentaires ? (radiographie, scanner…)

Les réponses à ces questions entrent dans une grille de lecture propre à chaque ostéopathe.

La fonction première de l’interrogatoire est de vérifier que la douleur que vous ressentez entre dans son champ de compétences. Certains indices recueillis pendant l’interrogatoire constituent pour l’ostéopathe un « drapeau rouge ». Si un drapeau rouge apparaît (présence de fièvre associée à la douleur, traumatisme récent sans vérification radiologique), il va de la responsabilité de l’ostéopathe de vous orienter vers un professionnel compétant afin d’élaborer un diagnostic médical. Dans le cas contraire, les indices récoltés lors de cet interrogatoire convergent logiquement vers une pathologie faisant partie du champ d’application de l’ostéopathe.

Examen visuel

On dit souvent que la main de l’ostéopathe est son seul outil, mais ses yeux prennent une importance toute particulière à ce moment de la consultation. En effet, il s’en sert pour vous observer de la tête aux pieds. Il vous regarde de dos et de profil a travers un fil à plomb pour observer l’alignement vertical de votre tête, votre thorax, votre bassin et vos jambes. Il porte une attention toute particulière à la forme de votre colonne vertébrale (cambrure, scoliose, cyphose…).

Une pathologie mécanique peut parfois perturber votre posture, par exemple le lumbago aigu qui vous fait pencher en avant. En fonction de votre posture, l’ostéopathe recueille des indices supplémentaires utiles à l’élaboration de son diagnostic et comprend mieux l’origine de la pathologie. L’ostéopathe se servira des examens complémentaires pour affiner son diagnostic mécanique. Il étudie le plus souvent les radiographies. Dans le cas de votre douleur lombaire, ces radiographies et éventuels scanner ou IRM donneront des informations sur la forme (hyper lordose, hypo lordose, scoliose…) et l’état dégénératif (arthrose, hernies discales…) de votre colonne lombaire. Ces informations seront également prises en compte par l’ostéopathe dans la manipulation que nous évoquerons plus loin.

Examen dynamique

Le mouvement est le cœur de métier de l’ostéopathe, c’est pourquoi il consacre toujours une partie de la consultation à observer la manière dont vous bougez. Il vous demande d’effectuer une multitude de mouvements à partir de la position debout :

-          Penchez-vous en avant.

-          Penchez-vous en arrière.

-          tournez la tête puis les épaules d’un côté, de l’autre.

-          inclinez vous d’un côté puis de l’autre.

L’ostéopathe note alors avec précision les mouvements limités ou douloureux, il observe également la manière dont votre colonne vertébrale se déforme pendant l’exécution de ces différents mouvements. En effet, celle-ci peut présenter des zones de cassure témoignant de raideurs articulaires anormales. Sans vous avoir touché, l’ostéopathe a déjà une bonne idée des zones qui entrent en jeu dans l’installation de la pathologie mécanique.

Examen physique

L’examen physique commence souvent par quelques tests appartenant au monde médical :

-          prises des réflexes.

-          prise des pouls.

-          évaluation de la force musculaire.

-          évaluation de la sensibilité.

Certaines réponses à ces tests peuvent constituer une contre-indication à la manipulation. Si vous avez perdu trop de force musculaire suite à votre sciatique par exemple, l’ostéopathe doit vous réorienter vers votre médecin traitant. En l’absence de signes de contre-indication, l’ostéopathe continue l’examen physique par des tests de reproduction de douleur. Pour ce faire, il applique des pressions sur les muscles, les tendons ou les ligaments de la colonne vertébrale ou des articulations et vous demande s’il déclenche une douleur. Les douleurs déclenchées à la palpation renseigneront encore plus précisément l’ostéopathe sur les zones qui se trouvent en souffrance mécanique. Dans le cas de votre lombalgie, l’ostéopathe appuie sur les ligaments et les muscles profonds de chaque vertèbre lombaire afin d’évaluer leurs souffrances mécaniques respectives. La dernière étape de l’examen physique varie parfois d’un ostéopathe à l’autre puisqu’elle fait appel à sa sensibilité. Il s’agit des tests de raideur.

Ces tests consistent à pousser sur les articulations suspectées, sur des axes et dans des sens bien précis, afin de sentir leur déformation. Une articulation «bloquée» est une articulation qui se déforme moins bien sous la main de l’ostéopathe. Sur un même patient, plusieurs zones peuvent voir leur flexibilité altérée. La réussite future de la prise en charge de la pathologie pour laquelle vous consultez dépend du bilan exhaustif de toutes ces zones. Dans le cas de votre lombalgie, l’ostéopathe effectue différentes poussées sur chacune des vertèbres pour évaluer la capacité de chaque articulation intervertébrale  à se déformer.

Expertise biomécanique

A ce stade de la consultation, l’ostéopathe synthétise l’ensemble des indices qu’il a recueillis auparavant. Ces indices convergent tous vers une ou des articulations dont la raideur a augmenté. Cette raideur ou perte de flexibilité locale est responsable de douleurs articulaires et d’une diminution de l’amplitude dans les mouvements généraux. Le « blocage » d’une articulation vertébrale peut parfois entraîner un pincement d’une racine nerveuse au niveau de la colonne vertébrale. Dans notre exemple de sciatique, c’est ce phénomène de pincement qui est responsable de l’inflammation du nerf. L’ostéopathe peut, à ce stade, donner une explication mécanique aux signes cliniques d’une pathologie médicale.

Exemple : Vous souffrez d’une sciatique L5 associée à une lombalgie chronique (diagnostic médical) car votre colonne vertébrale a perdu sa flexibilité au niveau de la première et de la dernière articulation lombaire (expertise mécanique).

Traitement, la manipulation

La manipulation est l’arme thérapeutique de l’ostéopathe. Elle découle directement de l’expertise mécanique et s’adapte, en vitesse et en intensité, à votre âge, votre morphologie et votre sensibilité. Son objectif est de rétablir une flexibilité normale sur les articulations incriminées. L’ostéopathe effectue alors des poussées ou tractions selon des axes et sens bien précis. Ces poussées sont toujours indolores et il se produit parfois, selon la vitesse d’exécution du geste, un bruit articulaire ou «crac», qui résulte d’un phénomène de cavitation (vaporisation de gaz) intra-articulaire.

Bilan

Le bilan consiste à effectuer à nouveau les tests  de raideur ainsi que les tests dynamiques. La flexibilité des articulations traitées doit être améliorée et les mouvements généraux plus amples et/ou moins gênants. Si votre posture était perturbée par la dysfonction mécanique à l’examen visuel, elle revient le plus souvent à la normale après un traitement bien conduit. Selon l’intensité et l’historique de votre douleur, l’ostéopathe aura besoin d’une, deux ou trois séances pour vous sortir d’affaire. Au-delà de trois consultations sans amélioration notable des douleurs, il vous orientera vers un professionnel capable d’explorer d’autres pistes (rhumatologue, kinésithérapeute, podologue…).

Thomas Locher, Ostéopathe D.O.

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